12 mars 2007
Entreprises de gauche, entreprises de droite?
Hier soir je suis allé au cinéma dans une salle MK2. Avant le film un court métrage de 3 minutes créé par le « Collectif des cinéastes pour les sans-papiers » (voir http://www.educationsansfrontieres.org/spip.php?article4631) a été diffusé.
Le message consiste à présenter des enfants qui expliquent que « Ceux qui ont eu leurs papiers avaient le même dossier que nous. Et pourtant on nous a dit : non. Arbitrairement. Maintenant on est en danger et on doit se cacher. Pourquoi cette injustice ? ».
Je trouve cette démarche scandaleuse : il s’agit en effet d’imposer aux spectateurs un message politique sans même l’opportunité d’en débattre. Imaginez qu’on diffuse le message exactement inverse, ou que le FN diffuse un message pour le rétablissement de la peine de mort ? Tout le monde s’en scandaliserait, à juste titre.
Dans le même registre nombre d’assurances mutualistes, en particulier la MAIF, sont ouvertement antilibérales. On trouve par exemple sur le site de la MAIF la phrase selon laquelle « le modèle mutualiste est une alternative crédible à l'économie libérale ».
Je trouve très étonnant que certaines entreprises se permettent de se positionner ainsi ouvertement à gauche, alors qu’il n’y a à ma connaissance pas d’entreprise ouvertement à droite.
Je ne peux malheureusement que constater ce strabisme français (le même que celui qui fait conspuer Pinochet et ovationner Castro en cours d’histoire), en espérant qu’un jour on arrêtera de considérer les idées de gauche et d’extrême gauche comme nécessairement respectables, alors que les idées de droite libérale modérée seraient ignobles.
08 mars 2007
Journée des femmes ou journée de l'égalité des sexes?
La fête des mères a précédé de quelques années la fête des pères, en sera t-il de même de la journée des hommes?
Je trouve en effet étonnant que chaque année une journée soit consacrée à la cause des femmes, sans que la réciproque existe pour les hommes.
Le 8 Mars on s'offusque, à juste titre, de la discrimination salariale, de la violence conjugale, du manque de représentation des femmes dans les instances dirigeantes etc.
On ne trouve en revanche personne pour trouver anormal que l'espérance de vie des hommes soit sensiblement plus courte que celle des femmes, que plus de 80% des militaires (et donc des personnes tuées au combat) soient des hommes, qu'un certain nombre d'hommes soient eux aussi victimes de violences conjugales (1 homme victime pour 4 femmes en France), que la pression sociale sur les hommes se soit très sensiblement accrue ces dernières années (pression à la performance professionnelle, physique, sexuelle etc) ou qu'un certain nombre de métiers soient très largement dominés par les femmes et leurs codes (personnel hospitalier, magistrature, enseignement, services à la personne...).
Ne soyons pas borgnes, osons lutter contre les discriminations, TOUTES les discriminations, et remplaçons cette journée des femmes par une journée de l'égalité des sexes.
05 mars 2007
L'impôt ou la consommation obligatoire
On a déjà discuté dans ce blog de la problématique de l'optimisation du fonctionnement de l'Etat, qui se doit d'être transpartisane car elle permet soit de maintenir les prestations sociales à un niveau stable en en réduisant le coût soit de dégager des marges de manoeuvre pour développer de nouvelles politiques (sans parler de rembourser la dette).
Venons en maintenant à la question plus polémique du périmètre de l'Etat, pour faire état d'une réflexion libérale de base, malheureusement peu connue: celle de l'assimilation de l'impôt à une consommation obligatoire.
Il faut bien mesurer que chaque action coûteuse menée par l'Etat ou les collectivités est financée par l'impôt, il s'agit donc d'un prélèvement sur les revenus des assujettis, et par conséquent d'une possibilité de consommer en moins.
Se pose donc la question de la légitimité des décideurs publics à orienter la consommation des gens qu'ils représentent. Aurait-on accepté de payer pour rentrer à l'exposition sur le tunnel de l'A86 Versailles-Marly? Aurait-on choisi d'acheter ce tableau que le fonds régional d'art contemporain de Bretagne a choisi de conserver quelques années dans sa cave? Qu'aurait fait Mme Dupond avec les 100€ qui lui ont été prélevés pour financer le service public de la télévision?
Certes ce raisonnement est limité (car la somme des bonnes décisions individuelles ne fait pas la bonne décision collective) mais je suis convaincu que lorsque les décideurs raméneront à l'échelle de l'individu les sommes qu'ils dépensent alors ils prendront plus au sérieux leurs responsabilités et la gestion des deniers publics en bénéficiera.
05 février 2007
Médiocre communication
Je m'étonne, sachant toutes les heures de séminaires, de briefings, et d'exercices en tous genres dont bénéficient les hommes politiques, de les voir tous aussi pauvres en arguments lorsqu'il s'agit de défendre des projets clé, pourtant plein de ressources et "vendables" par eux-mêmes.
Prenons l'exemple du Traité Constitutionnel européen : l'essentiel de la stratégie d'argumentation a tourné autour du fait qu'il s'agissait d'une évolution normale s'inscrivant dans la logique des traités précédents, Maastricht et Amsterdam, et que de toute façon, il était impossible à la France de dire NON, au risque d'être ridicule.
Mais impossible n'est pas français, et il ne faut pas trop "chauffer" un peuple insatisfait de sa situation en lui disant qu'à l'une des rares occasions où il pourra manifester son mécontentement, ce ne serait pas possible. Deuxièmement, le ridicule ne tue pas, sinon l'essentiel de la classe politique aurait disparue à force de déclarations et d'actions contradictoires... Donc où était le risque ?
D'abord, on le voit aujourd'hui avec les voix qui s'élèvent contre le principe-même de l'Euro et de la BCE indépendante, le risque était d'engager une remise en cause généralisée des acquis européens les plus fondamentaux. Mais qui l'a évoqué ?
Par ailleurs, ce Traité présentait nombre de points positifs et de solutions concrètes à l'Europe bloquée que nous connaissons, notamment la personnification de ses Institutions, sur le modèle de Javier Solana. Qui évoque encore ce dernier dans les grands dossiers internationaux ? Quel recul ! Le tout soi-disant pour rendre l'Europe plus proche des citoyens, engluée qu'elle est désormais dans les négociations entre Etats pour relancer un processus que les Français ont stoppé net sur un coup de sang, bien aidés en cela par le concours opportuniste d'un certain Laurent Fabius, qui aurait pu continuer de s'abstenir de parier sur ce coup-là, comme il s'y était d'ailleurs tenu pendant un long moment...
Mais les tenants du OUI sont restés bloqués au stade primaire et dogmatique du "Vous ne pouvez pas". Le seul à avoir eu une approche un tant soit peu constructive du sujet fut Robert Badinter, qui a mis son talent d'orateur au service de la cause européenne, laquelle avait uni auparavant tous les grands hommes politiques qui n'ont pas sombré dans le calcul personnel. Il fut donc bien seul à se battre vraiment...
Autre exemple, le CPE. A tous ceux qui dénonçaient la précarisation induite par le CPE, personne n'a répondu sur la base de cas concrets, tout le monde est resté sur du "c'est un progrès, il faut flexibiliser le marché du travail" (ce qui est vrai, mais un peu court pour convaincre tout le monde) face au "c'est une horrible régression sociale imposée par un gouvernement réactionnaire" (Feu les dirigeants de la CGT stalinienne n'auraient pas dit mieux).
L'approche était pourtant simple: même en tombant sur un de ces "salauds de patrons" tant fustigés, et en se faisant remercier au bout de la période d'essai de 2 ans, le jeune malchanceux pouvait revendiquer une vraie expérience professionnelle de 2 ans, autrement plus valorisée sur le marché du travail qu'une succession de stages et CDD sans cohérence, décrochés par opportunisme pour des raisons purement alimentaires en désespoir de cause. Qui a évoqué ce "scénario du pire" ? On aurait pu espérer plus de pragmatisme à droite ! Sachant qu'un patron ne va pas s'amuser à former un salarié pour l'offrir à ses concurrents après, mais cette logique économique est trop proche du "marché" pour que nos penseurs politiques ne s'y abaissent.
Cet épisode du CPE fut encore une illustration de la pauvreté du débat politique français et un bel exemple de l'ambition de la gauche pour la France: surtout n'aider personne à s'en sortir, c'est générateur d'inégalités !
Frmar
23 janvier 2007
Subventions, agriculture et écologie
A l'heure où la préoccupation écologique est au coeur de l'actualité la question agricole est étonnament laissée en marge du débat.
Dans la situation actuelle des agriculteurs fonctionnarisés (les subventions représentent en moyenne plus de 50% du revenu des exploitations) produisent de manière intensive et en trop grande quantité des produits de mauvaise qualité.
D'un point de vue économique l'ensemble des acteurs sont perdants, tant les agriculteurs, qui ne sont plus principalement des producteurs mais avant tout des chasseurs de subventions, que les consommateurs, qui paient doublement les denrées alimentaires: par l'impôt et à l'achat.
Pour sortir de cette situation deux solutions sont possibles: transférer les subventions agricoles d'une notion de subvention à la production à une subvention à l'aménagement du territoire et du paysage ou simplement les supprimer pour rétablir un équilibre de marché classique dans lequel la rémunération du travail sera aussi fonction de la qualité.
C'est au prix d'un changement de génération que cette mutation d'une agriculture productiviste à une agriculture du développement durable sera possible.
22 janvier 2007
Fonctionnaire et élu
Au cours de la Ve république en moyenne plus de la moitié des membres de chaque gouvernement étaient fonctionnaires, le maximum étant atteint par le dernier gouvernement de Lionel Jospin avec 100 % de ministres issus de la fonction publique.
Cela pose au moins deux problèmes majeurs:
- Comment prendre suffisamment de recul pour opter pour une approche critique (y compris par comparaison avec les modes de fonctionnement du privé) de la productivité de l'administration? Et comment mettre en oeuvre des réformes qui par essence créent de la résistance alors que l'on sait qu'à la prochaine alternance on rejoindra l'administration réformée en simple fonctionnaire?
- Comment prétendre comprendre les enjeux de l'économie de production, ouverte à la concurrence, alors que l'on n'y a jamais mis les pieds?
Il faut donc diminuer la part des fonctionnaires dans la représentation nationale.
Pour cela plusieurs pistes sont possibles. Sans aller jusqu'à rendre obligatoire la démission de la fonction publique lors d'une élection à un mandat politique (ce qui serait cela dit cohérent d'un point de vue logique) il faut faciliter l'implication des travailleurs du privé dans l'action publique.
Il pourrait être étendu la législation relative à la participation aux jurys de cour d'assise, par une protection forte des salariés qui brigent des mandats, au même titre que sont protégés les syndicalistes. Il pourrait aussi être prévu une limitation de la possibilité de retour dans l'administration à la durée de deux mandats.
C'est au prix de ce type de réformes qu'enfin la France pourra mettre au pouvoir des hommes et des femmes qui pensent une fonction publique réellement au service du public.
